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jeudi 4 juillet 2013

L'armée égyptienne, soutenue par la rue, dépose le président Mohamed MorsiL'a

http://www.lemonde.fr/

04.07.2013 à 11h19 
 Le Caire, envoyés spéciaux. Une deuxième révolution ou un coup d'Etat ? Jeudi 4 juillet, au lendemain du renversement de Mohamed Morsi, le premier président de l'histoire de l'Egypte librement élu, l'ambiguïté au fondement du gigantesque mouvement populaire qui contestait sa légitimité depuis dimanche 30 juin, semblait en passe d'être levée. Outre le fait que l'armée retient toujours le chef d'Etat déchu, membre des Frères musulmans, l'arrestation de plusieurs dirigeants de ce mouvement islamiste, la fermeture de chaînes de télévision qui lui étaient acquises et le déploiement de blindés à proximité des rassemblements pro-Morsi, augurent plutôt mal de l'après-Morsi.
Bien que les manifestations monstres organisées par le réseau Tamarrud ("rébellion") établissent que l'ordre de destitution du président, prononcé par le ministre de la défense, le général Abdel Fattah Al-Sissi, recueille un large assentiment, la mise en place de mesures anti-Frères musulmans paraît peu compatible avec la relance de l'idéal révolutionnaire, promise par les ex-opposants.
"Le 30 juin, j'étais sur un petit nuage, parce que le nombre de manifestants était homérique et que le peuple réaffirmait son rejet de l'autoritarisme de Morsi, déclare Héba Morayef, la responsable du bureau de Human Rights Watch au Caire. Cela manifestait une vraie sophistication politique, un vrai courage, c'était historique. Mais je ne veux pas que Morsi finisse en résidence surveillée et que d'autres responsables des Frères soient emprisonnés. Pour moi, ce serait la preuve ultime que nous sommes revenus à la période d'avant 2011 ", antérieure à la chute de Moubarak.
L'intervention de l'armée a soulevé des inquiétudes à l'étranger. Le président américain Barack Obama a appelé l'armée égyptienne à rendre le pouvoir sans délai à "un gouvernement civil, élu démocratiquement", tandis que l'Union européenne a réclamé une nouvelle présidentielle "rapidement". Paris a "pris acte" de la tenue de futures élections et appelé à maintenir "la paix civile".
C'est à 21 h 30 que le général Al-Sissi est apparu à la télévision, avec béret noir, médailles et épaulettes. Attendue depuis la fin de l'ultimatum de l'armée, fixée à 17 heures, son allocution a suscité une explosion de joie sur l'inévitable place Tahrir, le réacteur nucléaire de ce nouveau soulèvement que personne n'a vu venir. Pétards, klaxons, feux d'artifices, sifflets, tambours, hurlements, rigolades : la bande-son du départ de Mohamed Morsi est une cacophonie hilare, un pot-pourri libérateur.
"C'EST UN NOUVEAU DÉBUT, UN RECOMMENCEMENT"
Le haut gradé parle sous le regard d'un trio inédit, qui donne une caution civile et religieuse à l'éviction du chef de l'Etat : Mohamed ElBaradei, l'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique, une figure de l'opposition, promue représentant des manifestants ; Ahmed Tayyeb, le grand imam d'Al-Azhar, la plus prestigieuse institution de l'islam sunnite ; et Tawadros II, le patriarche de l'église copte. La "feuille de route" imposée par les militaires prévoit l'annulation de la Constitution que M. Morsi avait fait ratifier par référendum en décembre.
Un comité en amendera les articles les plus contestés en attendant qu'un autre texte soit promulgué. Les rênes de l'Etat seront confiées au président de la Cour constitutionnelle, Adly Mansour, qui devait prêter serment jeudi, jusqu'à la tenue d'une élection présidentielle qui sera suivie de législatives. Un gouvernement d'union nationale composé de technocrates sera formé pour gérer cette période intérimaire, dont la durée n'a pas été précisée. Les consultations en vue de la formation de cette équipe ont déjà débuté.
Comme la plupart des Cairotes, Esra Ahmed, une comptable de 35 ans, en chemisier de lin blanc, n'a pas écouté tous ces détails. Mercredi soir, elle cavalait déjà sur le pont Kasr Al-Nil, en direction de Tahrir, une main dans celle de son mari et l'autre dans celle de sa meilleure amie. "C'est un nouveau début, un recommencement, on va corriger tout ce qui a été raté après la chute de Moubarak, s'enthousiasme-t-elle, en zigzagant entre les roulottes de patates douces et les étals de fanions rouge-blanc-noir, les couleurs de l'Egypte. Le peuple a repris le pouvoir, on va reconstruire le pays tous ensemble et on fera une place aux Frères musulmans, qui sont une composante de notre société."
INTERDICTION DE QUITTER LE PAYS
Le discours d'Al-Sissi ignore pourtant superbement la confrérie. Le ministre de la défense a balayé la "légitimité" dont se réclamait le président en déclarant qu'il n'avait "pas répondu aux attentes du peuple égyptien ". "Les forces armées resteront toujours en dehors de la politique", assure le général, au moment où les forces de police se lancent, loin des caméras de télévisions braquées sur lui, dans un gigantesque coup de filet anti-Frères.
Selon des sources sécuritaires égyptiennes, le chef du Parti de la justice et de la liberté, branche politique des Frères musulmans, Saad al-Katatni, et l'adjoint du Guide suprême de la confrérie, Rached Bayoumi, ont été arrêtés. En fin de journée, le journal gouvernemental Al-Ahram faisait état de 300 mandats d'arrêt lancés contre des membres du mouvement islamiste. M. Morsi et plusieurs dirigeants de la confrérie, dont le Guide suprême Mohammed Badie, et son adjoint, Khaïrat al-Chater, s'étaient vus auparavant signifier l'interdiction de quitter le pays.
Quelques minutes après le discours du général Al-Sissi, plusieurs chaînes de télévision islamistes, dont Egypt25, le canal des Frères, ont cessé d'émettre et le siège d'Al-Jazeera Mubasher, dans la ville nouvelle du 6 octobre, en banlieue du Caire, a été fermé par la police. "L'histoire retiendra que la première décision du coup d'Etat militaire auquel participent les avocats de la démocratie a été de fermer toutes les chaînes d'opposition", a persiflé un cadre du mouvement sur Twitter.

14 MORTS ET DES CENTAINES DE BLESSÉS À ALEXANDRIE
Aucun incident majeur n'a été signalé dans la nuit dans la capitale égyptienne. De violents affrontements ont fait en revanche 14 morts et des centaines de blessés à Alexandrie, la deuxième ville du pays, à Marsa Matrouh, sur la côte méditerranéenne, et à Minya, dans la vallée du Nil. Recensant 47 morts depuis le 26 juin, date du début des manifestations, le ministère de l'intérieur a averti qu'il répondrait "fermement" en cas de troubles. Des véhicules de transport de troupes ont pris position sur les voies menant à l'université du Caire et à la mosquée Rabaa Adawiya, les deux sites de rassemblement des pro-Morsi.
"Le discours d'Al-Sissi est un coup de force, accuse Abdelhamid Hussein, un étudiant en médecine, rencontré en lisière du campus de l'université. Quand on se dit démocrate, la seule manière de se défaire d'un président élu, c'est de le battre à la régulière dans une élection." "Ce n'est pas un coup d'Etat car c'est le peuple qui a appelé l'armée à intervenir, riposte Ahmed Abbas, un fonctionnaire du ministère de la jeunesse et des sports, présent sur Tahrir. L'armée ne fait que mettre en œuvre la volonté du peuple."
Et Mohamed Morsi ? Selon l'Agence France-Presse, il a été transféré jeudi à l'aube dans le bâtiment du ministère de la défense, tandis que ses conseillers, avec lesquels il ne peut plus communiquer, sont détenus dans un camp militaire. Dans un enregistrement vidéo, l'éphémère président s'est présenté comme "le président élu d'Egypte", insistant sur sa détermination à lutter pacifiquement pour le rétablissement de ses droits.

Tout s'accélère

mercredi 3 juillet 2013

Égypte : Morsi et l'armée prêts à s'affronter dans le sang

http://www.lefigaro.fr/
À quelques heures de l'expiration de l'ultimatum fixé par l'armée, le président islamiste se dit prêt au «martyre», tandis que l'état-major affiche une égale détermination à défendre «le peuple égyptien».
Les urnes contre l'armée et les aspirations du peuple. De plus en plus isolé aussi bien sur la scène égyptienne qu'au plan international, le président islamiste Mohammed Morsi n'a pas hésité dans un discours mardi soir à défier l'armée, martelant que nul n'avait le droit de se substituer à l'ordre légitime et qu'il n'avait d'autre choix que de poursuivre la tâche qui lui a été confiée démocratiquement.
«Le prix de la préservation de la légitimité, c'est ma vie», a-t-il déclaré peu après minuit sur un ton combatif, rappelant qu'il était le premier président librement élu de l'histoire de l'Égypte. Il a aussi mis en garde contre le «piège» d'une violence «sans fin», alors que les heurts ont déjà fait une cinquantaine de morts en une semaine de manifestations.
Peu avant, un tweet de la présidence de la République avait appelé «les forces armées à retirer leur mise en garde», allusion à l'ultimatum que le ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi, a lancé aux forces politiques pour qu'elles s'entendent avant 17 heures.
Communiqué menaçant sur Facebook
Trois heures après le discours du raïs, qui avait rencontré le général al-Sissi pendant de longues heures au cours de la journée de mardi, le Conseil suprême des forces armées a publié à son tour sur sa page Facebook un communiqué au ton menaçant intitulé «Les dernières heures». L'état-major s'y dit prêt à verser son sang contre «les terroristes, les fous et les radicaux». «C'est de notre devoir de mourir plutôt que de laisser quiconque terroriser ou menacer le peuple égyptien», a ajouté l'armée, plus que jamais en position d'arbitre dans cette confrontation qui menace de virer à la guerre civile.
«C'est de notre devoir de mourir plutôt que de laisser quiconque terroriser ou menacer le peuple égyptien»
L'état-major égyptien
Au même moment, de violents incidents ont éclaté en plusieurs points du Caire, notamment sur le campus de l'université où s'étaient rassemblés des milliers de manifestants islamistes dénonçant l'ultimatum de l'armée. Des groupes d'opposants les ont attaqués. Bilan: seize morts et 200 blessés parmi les partisans de Morsi, et sept autres tués dans des incidents à Gizeh, près des pyramides. Des violences qui vont encore échauffer les esprits en cette journée de tous les dangers.
Principal bloc de l'opposition libérale, laïque et de gauche, le Front de salut national (FSN) a immédiatement réagi au discours de Mohammed Morsi, le qualifiant d'«appel à la guerre civile», tandis que le mouvement Tamarod (rébellion), à l'origine de la mobilisation monstre de dimanche, réclamait carrément que le président contesté soit arrêté par la garde républicaine et déféré devant un tribunal.
Tandis que les appels internationaux se multiplient pour que Morsi écoute son peuple, l'armée s'apprête à parer à toute éventualité en cas de dérapage de la situation. Le quotidien gouvernemental al-Ahram a publié la «feuille de route» que l'état-major entend mettre en place si Morsi ne «satisfait pas les revendications de la rue». Ce plan prévoit la nomination d'un conseil présidentiel de trois membres -une revendication de l'opposition- et une suspension de la Constitution pour une période de transition -placée sous la supervision de l'armée- pouvant durer jusqu'à un an. Des experts seront chargés de la rédaction d'une nouvelle loi fondamentale «tenant compte des exigences des différentes composantes du peuple avant d'être soumise à référendum», poursuit al-Ahram.
En vue d'une transition politique, l'opposition a annoncé que Mohamed ElBaradei, ancien chef de l'Agence internationale à l'énergie atomique, serait son unique «voix».

Pourquoi? N'espérons qu'une chose que tous les protagonistes optent pour la paix et la liberté du peuple